L’importance des interactions sociales dans les modélisations de processus

Introduction

La modélisation est au cœur des activités et des méthodes de gestion des processus, cependant, peu d’attention a été accordée à la modélisation comme un processus sociocognitif, c’est-à-dire au processus de gestion des interactions des différentes sources d’informations et de connaissances pour produire un modèle d’entreprise valable et utile.

Cet article, inspiré du texte d’Adamides et Karacapilidis (la référence complète de la source est mentionnée à la fin du billet), traite de cette réalité et explique pourquoi il est important de considérer les interactions dans les modélisations de processus.

La modélisation comme un exercice d’apprentissage collectif

La modélisation devrait être considérée comme un exercice d’apprentissage collectif qui augmente la base de connaissances de l’organisation. Les diverses parties prenantes façonnent différents modèles mentaux et attribuent des significations différentes aux constructions de connaissances. De plus, en essayant d’interpréter les modélisations de quelqu’un d’autre, un modélisateur peut supprimer ou modifier des éléments et associations de sa propre connaissance. Par conséquent, la modélisation des processus, telle une activité sociale et de connaissance, est complexe. En plus, la création du modèle est influencée par la stratégie de l’organisation et par ses relations avec d’autres organisations, ce qui accentue cette complexité.

Un certain nombre de méthodes et de systèmes à base de technologies de l’information, ont été proposés pour adresser cet enjeu de modélisation d’entreprise collaborative. Cependant, la majorité d’entre eux se concentre sur des modèles statiques à des fins de visualisation et d’analyse, ou sur la façon de combiner des modèles de simulation développés par les différentes parties, dans les deux cas selon un mode prédéfini de collaboration.

La technologie au service de la modélisation collective

On peut considérer deux stratégies pour accroître la qualité de la modélisation des processus :

  • Se concentrer sur les connaissances en les codifiant grâce à de plus riches formalismes de modélisation.
  • Se concentrer sur l’interaction des modélisateurs comme un moyen d’élicitation et l’exploitation rigoureuse de connaissance personnalisée.

En général, les méthodes se concentrent sur la représentation des connaissances (le contenu), mais considèrent encore trop peu la création de connaissances par l’interaction. Les organisations s’intéressent de plus en plus aux systèmes visant à faciliter les prises de décision en groupe, en fournissant des espaces d’expression d’opinions, ainsi que des outils de travail collaboratif. Par exemple, Intranet et Internet connectent les décideurs d’une manière qui favorise le dialogue et stimule l’échange de connaissances. Cela fournit une mémoire d’entreprise, ainsi que des mécanismes qui améliorent le partage et la diffusion des connaissances, tout en facilitant l’interaction et la collaboration.

De plus, un dialogue fondé sur le clavardage, avec un outil de simulation, peut faciliter les interactions développeur-client au cours du processus de modélisation. Également, les TIC du « Web social » peuvent améliorer la participation, l’efficacité et l’efficience de l’interaction, en fournissant un forum structuré pour l’expression d’opinions, d’argumentation et de négociation.

En réalité, supporter la création de modèles de manière collective, implique la fourniture d’une infrastructure qui augmente le travail d’un groupe de personnes au-delà des contraintes technologiques ou de facilitation.

Comme la modélisation des processus est un processus social qui implique de l’interaction spontanée et multidirectionnelle, des soutiens technologiques et méthodologiques manquants dans les systèmes proposés à ce jour, sont nécessaires. En effet, le focus est toujours porté sur la productivité du processus de construction du modèle, et non sur l’apprentissage en équipe et la créativité du groupe, qui sont les principales exigences d’une session de modélisation. De plus, l’objectif ne devrait pas être de modéliser de la meilleure façon, mais d’atteindre une vue consensuelle de ce à quoi les parties prenantes du processus pensent que le processus (existant ou futur) peut ressembler. Enfin, l’absence d’un calendrier de réunions strict et d’ordre du jour permet de penser de façon indépendante, permettant de revenir améliorer le modèle à tout moment.

Conclusion

Cet article met l’emphase sur l’importance des interactions entre les différentes parties prenantes dans les sessions de reformulation de processus. Ici, la modélisation des processus est vue comme une compétence organisationnelle qui peut être augmentée en incluant autant de perspectives que possible. Toutefois, cette intégration de multiples perspectives nécessite la gestion de l’interaction de ceux qui s’expriment. Il s’agit d’un processus de création de connaissances, car les modélisateurs ne façonnent pas le modèle en fonction de leurs points de vue seulement, mais en fonction des points de vue des autres également qui influencent leurs croyances.

La technologie a un rôle à jouer dans la gestion des interactions si elle est utilisée de façon méthodique, en tenant compte des dynamiques sociales de l’équipe de modélisation. Les TI du « web social » peuvent améliorer la participation, l’efficacité et l’efficience de l’interaction, en fournissant un forum structuré pour l’expression d’opinions, d’argumentation et de négociation.

 

Référence bibliographique:

ADAMIDES, Emmanuel D. et KARACAPILIDIS Nikos. « A knowledge centred framework for collaborative business process modelling». Business Process Management Journal 09/2006; 12(5):557-575. DOI: 10.1108/14637150610690993

One Response to “L’importance des interactions sociales dans les modélisations de processus”

  1. Stéphane Groulx

    « En effet, le focus est toujours porté sur la productivité du processus de construction du modèle, et non sur l’apprentissage en équipe et la créativité du groupe »… Certains gestionnaires ou clients veulent voir et palper des livrables tangibles (même s’ils ne sont pas implantés 😉

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